Le récit de notre aventure
Un petit résumé en attendant la publication intégrale de cette histoire. En prime, le livre sera agrémenté des magnifiques photographies de Fred Pauwels.
N'oubliez pas qu'une partie des ventes ira directement à la recherche et aux malades.
Encore un petit geste que toute l'équipe de défi-myopathie est heureuse d'accomplir.
21 jours d'Aventure & ... heures de galère
Le temps de laisser décanter nos émotions, le temps de reposer nos petits muscles fatigués par trois semaines d'aventure et de galère, nous voici enfin d'attaque pour vous narrer la fabuleuse épopée de défi-myopathie. Hum pas tant extraordinaire, nous nous sommes heurtés au manque de maturité des autorités libyennes, amputant ainsi une belle partie de notre programme.
Tout d'abord, le départ fût explosif, l'abandon de mon équipe logistique 4x4 pour d'obscures raisons de grippe A/H1N1 a bien failli m'infliger une crise cardiaque.
- 7 octobre 2009 - à l' heure pétante du départ de Paris :
« Allo Alex, on a la grippe, on ne part plus, on annule tout, désolé, au revoir. »
Pas le temps d'en placer une, en l'espace d'un coup de fil d'une vingtaine de secondes voilà quasiment 10 mois de travail anéanti, totalement réduits en bouillie. En effet, mes trois véhicules 4x4 sont sur le carreau à Paris. Il me reste exactement 22 heures pour monter une nouvelle équipe. Le 8 octobre à 10h le bateau de la CTN part de la rade de Marseille. Je m'égosille en épluchant mon carnet d'adresse, pas une seconde de répit mon oreille droite est toute rouge... Tout d'un coup un miracle se produit : le Président de l'association Sahariens (Jean-Marc) et sa gentille secrétaire (Marie-Geneviève) acceptent de relever le challenge. Sans eux défi-myopathie tombait inexorablement à l'eau. Impensable, inimaginable !
Vol des enfants
L'arrivée en Tunisie se déroule sans trop d'anicroche, seules les douanes font un peu d'excès de zèle et retardent le début des opérations. Nous entamons le montage des ULM le matin même de la journée des baptêmes. Je n'aurai pas assez de qualificatifs pour décrire cet événement : EXTRAORDINAIRE et d'une richesse émotionnelle sans précédent. Merci à l'Association de la Myopathie Tunisienne, en collaboration avec Fly Tunisia Aero Assistance, pour cette organisation au-dessus de nos espérances. Sincèrement bravo !
Pendant que Thierry et Stéphane s'affairent à monter nos deux ULM, Nicolas et moi enchaînons les interviews. Pas moins de 3 chaînes de télévision tunisienne se sont déplacées, ainsi que la presse et certaines radios nationales. Sans oublier la présence de France 2 et de notre équipe TV. Les enfants accompagnés de leur famille attendent patiemment leur tour sous les grandes tentes mises en place par l'armée. Même l'armée est là. La piste militaire de Jdeida est noire de monde. Comment planter tout ce monde? Je m'en serai voulu toute ma vie!
Premier enfant, premier baptême à bord du G1 en compagnie de Thierry Barbier. Angoisse et courage se lisent sur le visage de ce garçon. Voler n'est pas naturel, une bonne dose d'appréhension coule dans ses veines. Sous les encouragements généraux, nous arrachons ce jeune homme, pas plus de 10 ans, de son fauteuil roulant pour confortablement l'installer dans l'ULM. Tout le monde dégage la piste pour l'envol du G1, c'est parti!
Après 15 minutes de vol, voici notre héros de retour, fier comme un pape et des étoiles plein les yeux. Petite prise de tension par le corps médical présent avant de le descendre de la machine, puis une salve d'applaudissements retentit. Nicolas lui remet son diplôme tandis qu'il a du mal à contenir ses émotions. Pas facile d'exprimer autant de choses, un moment qui n'appartient qu'à lui et à lui seul.
Dix autres enfants enchaînent les baptêmes. Thierry n'arrête pas les rotations, il s'en donne à cœur joie, les enfants -tous courageux!- jubilent. Nous leur offrons mieux qu'un rêve, un fantasme impensable. L'aviation est certes un hobby dans nos pays occidentalisés, alors qu'il n'est qu'une ébauche de songe en Afrique. Une des jeunes participantes résuma en une phrase cette image: « Je rêvais de toucher un avion ».
Mission accomplie et réussie !
La Tunisie vue du ciel
La suite s'enchaîna à un rythme effréné. Seule la météo orageuse du lendemain m'offrit un brin de quiétude. Cumulonimbus et ULM ne font pas bon ménage, divorce assuré. Je me sens ridiculement tout petit sur le tarmac de l'aéroport international de Tunis-Carthage. Le vent balaye nos frêles embarcations, j'ai hâte de partir et d'être à l'abri de ces puissantes rafales. Peur que nos machines ne se retournent comme une crêpe sur le sol.
Thierry demande à la tour de contrôle un décollage en formation pour nos deux machines, autorisation accordée. A l'image d'une patrouille aérienne, nous décollons côte à côte laissant au sol la flotte de Boeing et autres paquebots volants. Direction Gafsa, pour un ravitaillement et une séance de prises de vue avec France 2, avant de côtoyer le grand sud et les portes du désert. Arrivée sous le soleil à Tozeur, ordre de garer nos tagazous face aux deux immenses 747 échoués du fief de Saddam Hussein, l'image est irréelle.
La suite nous livre la traversée du Chott El Jerid, une immense dépression saline gorgée d'eau où je m'affranchis d'un nouvel exercice de style : le vol en radada. Séance libre sur les 5000 km2 du Chott. Mes roues taquinent le sol à moins d'un mètre de hauteur, parfois à quelques dizaines de centimètres seulement, le badin dans le rouge en cas de ressource obligatoire. Je suis grisé, l'adrénaline martèle mes sens, tandis que les nuages se reflètent sur cette vaste étendue. Nous volons entre ciel et terre, le Chott n'est plus qu'un vaste miroir. Difficile de distinguer l'air du sol et le sol de l'air.
Je lâche prise en abordant les dunes du Grand Erg Oriental, dont les deux tiers de la superficie -près de 190.000 km2- est composée de sable. Ses plus hautes dunes flirtent avec les 250 mètres. Le survol de cette formation dunaire est un régal, mon imagination vagabonde au gré des crêtes. Inconsciemment je cherche les passages possibles pour une armada de 4x4, des vestiges de mon passé de Saharien. Arrivée sur l'oasis de Ksar Ghilane, une des plus importantes sources artésiennes du grand sud tunisien, nous n'avons pas de piste d'atterrissage en stock. Improvisation et obligation de dégoter une piste de fortune. Après plusieurs passages à basse altitude, nous optons pour l'ancienne piste du pipe, une route goudronnée ouverte à la circulation. Point de mire sur une longue ligne droite, nous attendons que la circulation soit vierge et Thierry pose le G1 sur une distance record en moins de 100 mètres. A mon tour d'amener l'Eurofox au sol sans aller au tapis, Stéphane m'assiste dans cet exercice périlleux. Un poil plus long que le G1, l'Eurofox s'immobilise en toute tranquillité. Quelques minutes plus tard nous sommes rejoints par un Hummer de l'armée tunisienne, normal. La discussion est amicale, nous plaçons nos ULM en lieu sûr.
L'immense palmeraie dans notre dos, nous abordons les montagnes de Matmata percées comme un gruyère par les traditionnelles habitations troglodytes. La falaise laisse place à la mer qui s'inscrit à l'horizon, ultime étape à Djerba avant d'attaquer la Libye. Les flamands roses nous accueillent, nous entrons dans la danse et jouons avec eux. Leur vol est majestueux, leurs couleurs toutes ailes déployées captivent notre âme, la joie nous envahit, nous entrons en hypnose.
Kadhafi renie ses origines
Djerba est un point de passage obligatoire pour entrer en Libye et rejoindre l'aéroport de Tripoli. L'aviation civile libyenne tarde à répondre, leur silence en devient insolent. Nous décidons d'envoyer notre équipe « sol » à leur siège pour débloquer le schmilblik. La consigne est claire : obtenir coûte que coûte les autorisations de vol. Après 48 heures de palabres et autres documents fournis, l'affaire semble être en bonne voie, notre dossier est carré. Hélas le couperet tombe comme une guillotine sur son condamné : la personne censée signer nos autorisations n'est pas sur le territoire actuellement. Personne ne veut prendre la responsabilité, seul le Colonel auteur d'un coup d'Etat en 1969 à main mise sur ce pays. Une honte et une absurdité, même l'ambassade de France à Tripoli est impuissante face à ce fléau. Je fulmine contre un système qui en n'est pas un, une dictature toute puissante contre laquelle tout combat est vain. L'envie me vient d'en découdre avec Mouammar et de lui expliquer le fond de ma pensée. Merci Monsieur Kadhafi pour votre hospitalité totalement indigne des Berbères dont vous êtes pourtant issu. Où est cette fraternitè digne de tout homme du désert ?
L'Afrique c'est fini !
Je suis profondément écœuré de l'Afrique, pourtant je me sens bien plus proche de ce continent que de l'occident. Malheureusement, la Tunisie ne fit rien pour estomper ce sentiment naissant. Tout du contraire même, mais cela est une autre histoire... Je me sens trahi, mon prochain voyage ne sera pas en Afrique. C'est une évidence.
Retour à Djerba pour dérouler le programme initialement prévu, pas question d'y déroger, les autorités tunisiennes ne nous lâchent pas la grappe. Le temps de repérer une petite piste rectiligne pas trop bosselée pour un posé, pipi et décollé -une familiarité que je m'accorde depuis que j'ai pris l'habitude d'atterrir sur une route-, les vols se déroulent sans encombre jusqu'à Tunis.
Pour conclure, je voudrais remercier tout ceux qui ont rendu possible cette aventure humaine.
Beaucoup d'entre-nous ont été touchés en plein cœur par la journée des baptêmes, nous espérons sincèrement pérenniser cette action. Pourquoi ne pas développer une fondation, ou simplement agrandir notre association, et rééditer cette magie en compagnie d'enfants injustement touchés par la maladie. Mais croyez-moi l'Afrique se passera de nous. Tant pis !
Alexandre |